Interview de Pierre-Antoine GUERNI

 Quel est votre village ?

Je suis né dans le village à Pigna en 1926.

Quel est le ou les métiers exercés par vous et votre famille ?

Nous avons exercé au fur et à mesure des générations des métiers liés à la terre , celui du Berger, jardinier, vigneron.

Quel a été votre enfance dans le village de Pigna ?

Je suis issu d’une famille de 6 enfants, ma mère  est décédée lorsque j’étais très jeune. J’ai quitté l’école à 12 ans.
Et commencé à travailler très jeune.


Que gardez vous de votre enfance à Pigna ?

Un village vivant, des enfants jouant sur la plage du village, des arbres fruitiers qui donnaient de très bons fruits, tous les corps de métiers et services étaient présents dans le village. Nous  ne nous sentions pas isolés au contraire fière de vivre à Pigna et toujours très heureux de nous rendre dans les autres villages au gré des saisons.


Quels sont les grands moments que vous avez vécu à Pigna ?

Mon enfance, la disparition de ma mère, la guerre, et le manque de travail à l’après guerre qui m’a fait malheureusement quitter la corse.

Pouvez- vous nous raconter l’incidence de la guerre dans le village et les métiers que vous avez effectués ?

Et bien j’ai exercé énormément de métiers : Jardinier, garde champêtre, j’ai pioché la vigne….
En 1939, la plupart des hommes ont été réquisitionnés. Les jeunes comme moi ont donc participé à toutes les tâches essentielles à la vie du village. J’ai été berger, j’ai appris à traire les vaches. Je me levais tous les jours à 4 heures du matin .J’ai donc travaillé très jeune mais avec ce sentiment de développer mon village.

 Et l’incidence de la Guerre ? 

Et bien je me suis engagé dans l’armée en 1944, à la libération je suis revenu à Pigna mais le manque de travail sur l’ile et particulièrement en Balagne m’a poussé à me re-engager. J’ai participé à la guerre d’Indochine. En 1950, j’ai intégré le régiment d’infanterie à Versailles. Puis à partir de 1953, j’ai travaillé en région parisienne.
Pendant toutes ces années, la corse et particulièrement mon village m’à beaucoup manqué.
Une grande partie de mes amis ont aussi quitté la corse et ont été mobilisés en 1943.


Et quels sont les plus beaux souvenirs ou moments que vous gardez de votre enfance et de Pigna ?

Et bien je garde un village joyeux, où toutes les générations co-habitent. Je me souviens des arbres fruitiers par exemple les mandariniers, les oliviers ou chaque année nous récoltions les fruits à la main.
Les notables du village qui nous donnaient quelques sous pour entretenir le jardin.
Nous avions peu d’argent mais nous ne manquions de rien.
Nous ramassions les glands pour faire manger les cochons, pendant les vendanges nous ramenions les grappes de raisins aux villages.

En début de notre échange, vous m’avez parlé des différents métiers au sein du village ?

Je me souviens des bergers du Niolu, des bœufs pour labourer les terres.
Nous aidions les familles qui avaient les vignes pendant les vendanges.
La place du village avec sa fontaine, qui rythmais un peu nos saisons et tellement importante pour notre vie de tous les jours.
Cette fontaine était le point de ralliement mais aussi notre richesse.


Quels étaient les moments que vous aimiez le plus ?

Lorsqu’avec mon père nous nous rendions aux moulins. Il se situait dans le Reginu.
A pieds nous mettions 5 heures pour nous y rendre. Nous passions la nuit et nous dormions sur la paille. Mais nous repartions avec une huile d’olive savoureuse de Balagne !
Je pense à mon village tous les jours, et surtout à tous ceux qui travaillait quotidiennement pour maintenir, développer Pigna et ses environs.


Comment  se passait vos retours pendant la période estivale ?

Le moment tend attendu pendant toute l’année ! Nous nous reposions, nous nous retrouvions entre amis. Je pouvais parler corse avec mes copains. Et surtout je faisais découvrir la Corse et les origines à mon petit fils Jérémy-Antoine. Une transmission importante pour moi.

Qu’avez-vous transmis au fondateur d’Emancipa Corsa, votre petit fils Jérémy-Antoine ?

J’ai appris à mon petit fils la langue Corse, très important pour moi car c’est ma langue maternelle. Il était interdit de parler Corse à l’école. Mais nous avions cette volonté de la parler et la transmettre !
Je tenais à ce que mon petit fils connaisse les villages de Balagne. Je l’ai emmené souvent en randonnées. Aimer ses racines passe par la connaissance de la nature, des villages c’est notre tradition.


Quels conseils souhaitez-vous donner aux jeunes générations pour ne pas quitter l’ile ?

Faire des études, la corse a besoin de tous les profils, des passionnés. Il faut créer des emplois pour que toutes les générations restent au village et vivent ensemble.

 

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